Les artistes Henri Wagner et Elia David ont été amenés à allier leurs talents dans le cadre d’une exposition collective, Interférences, à la galerie Issue, mais cela n’est pas leur première collaboration. Seront présentés, du 5 au 27 février, des tableaux réalisés à deux, soufflant donc le mot d’ordre de l’exposition : la dualité. Un mouvement de symétrie se manifeste entre Wagner et David, puisant tous deux chez l’autre et régurgitant ensuite ce qu’ils sont parvenus à glaner sous la forme d’une œuvre.
Un des courants qui régit leur travail est celui de la structure/ déstructure, une fragmentation qui, par le montage, donne lieu à une nouvelle création, une nouvelle unité, faisant écho à une certaine rengaine « le monde à bas je le bâtis plus beau ». Les restes ne sont pas les vestiges d’une œuvre amputée mais forment au contraire un tout, comme le montre La vie en rose, œuvre individuelle d’Elia David. On parlera de structure pour l’œuvre Fondation mais d’une toute autre manière car il s’agit là d’une architecture prenant des airs kafkaïens.
Henri Wagner présente une série de dessins intrigante, un trait graphique, aiguisé. Les scènes représentées agissent sur nous avec un certain magnétisme, on ne peut s’en détacher. Quel est le plus dérangeant : l’absence de visages ou au contraire leurs présences un peu trop insistantes, car on n’aimerait pas se trouver face à de tels personnages. Que se soit le trou béant qui leur sert de visage ou leurs traits crispés, que du bon matériau à cauchemars en somme. Une fluidité dans le dessin est perceptible, bien que l’angulosité domine. Les œuvres d’Elia David sont réduites à leur tiers si l’on ne les voit qu’à travers un écran, on ne perçoit pas leur réelle intensité, celle qui nous claque lorsqu’on les a sous les yeux. L’aspect technique d’une part, que l’on ne peut que légèrement soupçonner et la qualité artistique toute entière que l’on devine.
Si les personnages d’Henri Wagner ont les traits cisaillés, ceux d’Elia David sont brumeux, ce qui n’en est pas moins inquiétant. Cet aspect éthéré leur confère une toute autre dimension, ils dégoulinent et débordent de l’espace où ils sont confinés. Mais on ne peut donner qu’une seule définition à son travail, ce serait bien trop réducteur. Certains sont très graphiques, ce qui est accentué par l’exclusivité du noir et blanc, d’autres exploitent toute la gamme de couleurs. Son trait lui aussi varie, boursouflé ou bien émacié, il est multiple.